Retraites…


Maladies invalidantes et retraites :
     
ouvrir les yeux avant implosion du système…    



Des constats :

Au gré des réformes, nous ne pouvons que constater l’ajustement de plus en plus grand du travail aux intérêts économiques. 
Dans un tel contexte, gare aux plus fragiles et, notamment, à celles et ceux qui en raison de handicaps ou de soucis de santé graves et/ou chroniques ne sont pas en condition de s’engager pour figurer dans le « top ten » des compétiteurs.                
Toutes les études le montrent, les travailleurs handicapés ont un taux d’emploi moins élevé, un taux de chômage supérieur ou, encore, un niveau de rémunération médian bien inférieur à la moyenne.

Dans l’Education nationale, l’Enseignement supérieur et la Recherche, où les conditions d’exercice de nos métier se dégradent, où la recherche de la performance devient un mode de management, où l’allongement des carrières est en marche depuis bien longtemps, nous ne pouvons qu’en constater les effets pervers et la dégradation continue (et de plus en plus massive) de la santé des personnels, enseignants ou non enseignants.             
Les enseignants et autres catégories de personnels qui concourent au service public d’éducation se demandent, dès lors, si l’Institution les traite toujours conformément à ses discours sur l’inclusion.

Bien qu’à l’heure actuelle nous n’entrons (en France, contrairement à la Belgique par exemple) dans aucun des cadres de la pénibilité, nous sommes obligés de constater la dégradation de la santé physique et psychique et l’explosion de l’apparition de symptômes psychosomatiques de bon nombre de nos collègues.         
L’actualité a, malheureusement, donné des exemples extrêmes où des collègues, trop usés, ne sont plus en capacité de résister aux pressions du travail (augmentation du travail administratif, évaluations permanentes, élèves difficiles, dégradation des relations avec les parents, etc…).        
La question de l’endurance professionnelle va, donc, à notre sens, se poser de manière de plus en plus urgente car, aveuglés par l’augmentation de l’espérance de vie, bon nombre de ceux qui décident d’empiler les années travaillées ne veulent pas prendre en compte la dégradation accrue de l’état de santé (et de l’état moral…) des travailleurs de nos secteurs en fin de carrière.       

Pour l’heure, certains collègues peuvent, encore, en décidant de subir une décote sur leur pension, faire le choix d’un départ avant le nombre de trimestres requis pour une pension à taux plein.
Demain, non seulement, cela ne sera plus possible, mais les discours récurrents du premier ministre augurent bien d’un allongement des carrières pour un départ en retraite à taux plein, ce qui constitue bien un recul de l’âge légal de départ en retraite qu’on masque par le concept d’âge pivot…ou d’équilibre…

Dans un tel contexte, l’inquiétude des personnels frappés par une maladie invalidante ou un handicap est grande.

En liaison avec les personnels concernés, ANTHÉN souhaite ouvrir des pistes de réflexions et livre ses premières propositions afin qu’elles alimentent un débat devenu incontournable.

Des propositions :

En préambule, il nous faut toutefois rappeler combien l’absence d’un véritable service de médecine du travail est préjudiciable, en premier lieu, aux personnels dans nos situations.

Il devient urgent que la situation particulière des personnels atteints par un accident de la vie, à l’image du plan senior annoncé, donne lieu, rapidement, pour l’Education nationale, l’Enseignement supérieur et la Recherche, à la mise en place d’une structure de concertation.           
Elle devrait, à notre avis, être chargée d’imaginer et de mettre en œuvre de mesures destinées à compenser les effets pervers du handicap et des maladies invalidantes sur la retraite des personnels ad hoc. Ouverte aux partenaires habituels des consultations et concertations, elle ne saurait se passer des premiers concernés.                
ANTHÉN serait prête à y apporter son concours et son éclairage.

A notre avis, des mesures compensatoires doivent, aussi,  être prises par rapport aux temps partiels non rémunérés, aux périodes de travail non rémunérées à taux plein en raison de maladies invalidantes ou du handicap. Dans ces cas précis, le calcul de la retraite sur l’ensemble de la carrière s’avèrerait être une double peine.    
De même, l’impossibilité de faire des heures complémentaires, de mener certains projets donnant lieu, sous une forme ou une autre, à une valorisation financière, ne doivent pas à terme, freiner l’évolution pécuniaire immédiate et différée au moment de la retraite, des agents dont la carrière est perturbée par une situation handicapante.

Le retour de dispositifs, tels que la progression progressive d’activité (CPA) doit, également, être envisagée avec un cadre d’application spécifique pour les personnels qui nous préoccupent ici.

Il est, également, urgent qu’une véritable réflexion soit  conduite sur la pénibilité de nos métiers et que la prise en compte des risques physiques et psychiques devienne effective.

Le dispositif « seconde carrière » apparait comme une coquille vide. Il conviendrait, sans aucun doute,   de revoir, de manière efficiente, les passerelles de réemploi. Au sein de l’Education nationale, le glissement d’enseignants, par exemple, vers d’autres filières internes se fait, parfois, au détriment de personnels d’autres catégories, elles-mêmes fragilisées par les même maux.               
L’organisation et le nombre de postes adaptés doivent, donc, donner lieu à un réexamen complet afin d’ajuster les moyens aux besoins.

Enfin, une réflexion sur l’organisation pédagogique et l’utilisation de personnels compétents que peuvent constituer nos collègues qui doivent « lever le pied » en fin de carrière, doit être menée.
On peut imaginer que des postes spécifiques, de tutorat, de soutien pédagogique, de dédoublement, etc… pourraient constituer un nouveau réservoir de postes adaptés, en phase avec les besoins en soutien que requièrent nos activités.

Il nous semble, également, que nous ne pouvons pas, non plus, faire l’économie d’une réflexion globale sur la question de l’invalidité, ses critères d’application et ses conséquences sur les rémunérations et l’âge de départ et le montant des retraites.

Il s’agit là de premières pistes de réflexion auxquelles ANTHÉN est disposée à réfléchir pour que soient trouvées des solutions et un accompagnement à la hauteur des obstacles si fréquents rencontrés par les agents qui concourent au service public d’Éducation et qui sont malheureusement frappés par des difficultés de santé majeures : handicap, affections de longue durée ou toutes autres maladies invalidantes.

La direction collégiale d’ANTHÉN              

Fanny Burillon (académie d’Amiens), 
Raphaël Descamps (académie de Limoges), 
Florence Dumas-Castets (académie de Bordeaux), 
Christophe Janel (académie de Nantes), 
Anne-Marie Monteil (académie de Paris), 
Marie Montiel (académie de Bordeaux) 
et Emeline Pongrácz (académie de Rennes) 

30/01/2020